Bloc-Notes de SBA: La révolution tunisienne a été trahie …et c’était prévisible

13 mois après la chute de Ben Ali, le bilan est catastrophique : Il n’y a pas eu d’épuration à l’instar de celle conduite par le General français De Gaulle à son retour en France en 1944. Plusieurs personnes compromises jusqu’au cou avec le régime de Ben Ali reprennent du service. Il ne s’agit pas uniquement de politiques mais de journalistes, de pseudos artistes, de pseudos intellectuels, hommes d’affaires.

Par Sami Ben Abdallah

Le « système » a sacrifié des maillons faibles pour pouvoir se maintenir mais sur le fond, rien n’a changé. A l’instar de la classe politique française sous la 4 ème république et de son personnel politique qui l’a conduite vers la collaboration, le personnel politique tunisien (au pouvoir comme aux oppositions) a montré une grande…immaturité politique.

De Gaulle avait frappé tous les « collaborationnistes » d’indignité nationale (comprendre ce que c’est l’indignité nationale. Cliquez ICI) afin qu’ils servent d’exemple. L’Histoire a retenu que le Général qui a sauvé l’honneur de la France a mis les bases d’un nouveau « système » qui a duré dans le temps et qui accouchera plus tard la 5 ème République.

En Tunisie, rien de cela n’est arrivé. Aucun honneur n’a été sauvé si ce n’est celui des « collaborationnistes » et Foued Mebazaa,comme Beji Caid Essebsi comme Moncef Marzouki ont  raté leur rendez-vous avec l’Histoire, eux qui  ont montré que, politiquement, ils sont assez limités.

Fallait-il s’attendre à une vraie libération ?

Pas vraiment. Si les masses se réjouissent de la « spontanéité » de la révolution tunisienne, il ne faut pas cependant confondre « littérature politique » et « réalité ». La vie n’est pas faite de « littérature ». Car une des faiblesses structurelles de cette révolution est qu’elle n’a pas été « pensée », « voulue » et par conséquent, elle n’a accouché sur aucun Comité ou Chef révolutionnaire.

En 2005, j’écrivais sur les colonnes de Tunisnews:

« Nul doute que la victoire de M. Ben Ali est de créer une opposition à l’image du système qu’il a conçu. Un système corrompu, autoritaire. Un Etat policier. Une opposition policière. Nul doute aussi que la défaite de M. Ben Ali aura lieu quand cette opposition instaurera un nouvel ordre moral et éthique, non pas sur le papier des discours mais dans les faits et les pratiques. Toutes les révolutions dans l’histoire de l’Humanité, tous les changements ont réussit parce qu’ils voulaient instaurer un nouvel ordre moral et éthique pour la société. »

Après sa chute, il est douloureux de constater que la révolution tunisienne n’a cherché à installer aucun « nouvel » ordre éthique et moral. Son échec était une suite logique de cette faiblesse structurelle.

En résumé:  si la Tunisie a connu un moment exceptionnel de son Histoire, elle n’a pas produit jusque-là des hommes et femmes exceptionnels. Qu’ils soient politiques, intellectuels, journalistes…etc, la société tunisienne produit des hommes et femmes d’une qualité moyenne. Voir médiocre. Et la médiocrité ne pourra produire que la médiocrité.

Faut-il en vouloir aux masses ?

Pas vraiment. Car en France aussi, sous Pétain, les masses se distinguaient par leur servitude. Elles se massaient toutes pour chanter « Maréchal nous voilà » quand les masses tunisiennes chantaient « vive Ben Ali ou Ben Ali 2014 ».

En France, c’était de Gaulle les libère de leur servitude. Malraux s’était exclamé ironiquement : « j’ai quitté la France en laissant 40 millions de Pétainistes, au retour de de Gaulle, j’ai retrouvé 40 millions de Gaullistes ». En Tunisie, tous ont retourné leurs vestes comme en Tunisie. Tous sont devenus des résistants de la première heure le 15 janvier 2011. Le 13 janvier 2011, la page Facebook des fans de Ben Ali comptait 280 000 fans qui se sont tous désinscrits de la page le 14 janvier 2011.

Le Général ne se faisait pas d’illusions quand il traitait les Français de « veaux » et quand il regrettait leur démission face à la dictature de Pétain. Après la libération, De Gaulle est parti à Orléans et a été accueilli chaleureusement par les mêmes masses, qui 3 semaines auparavant, ont accueilli le Maréchal Pétain chaleureusement. Et de Gaulle de lâcher un jugement amère : « si on comparait les têtes, on retrouverait sûrement les mêmes ».

Justement, il nous a manqué en Tunisie des hommes que notre société est incapable de produire encore mais qu’elle devrait le faire : des hommes et femmes de la trompe de Gaulle, de Malraux, de Mauriac, de Jean Moulin.

La liberté ou « qu’ils crèvent »…

Dans l’attente, il reste un dernier carré de résistants.Ceux qui veulent vraiment une « vraie rupture avec le systéme de Ben Ali et bien avant lui,celui de Bourguiba » ne sont pas nombreux. Cependant,ce cercle sera désormais alimenté par ceux et celles de l’ancienne génération qui ne s’identifient pas dans la Tunisie d’aujourd’hui ou des nouvelles générations qui tâtonnent aujourd’hui, se cherchent des missions, voudront en finir avec ce « système » pourri, refusent de continuer à vivre en rampant ou en pleurant devant ce mur de lamentation collectif qu’est devenue la Tunisie.

Il reste un dernier carré qui sera alimenté par tous ceux et celles qui voudront prendre un rendez-vous avec l’Histoire un jour et avoir la gloire à leurs chevets. Car la Tunisie de 2020 ou 2030 se dessine aujourd’hui.

Mais désormais, il ne faut plus militer pour la liberté pour tous mais la liberté pour tous ceux et celles qui voudront en avoir et payer le prix pour.

Ceux qui se complaisent dans la servitude, ceux qui ne voudront rien faire pour la Tunisie, quand ils tomberont, qu’ils crèvent.

13 mois après sa chute, les Tunisiens devraient se réveiller de ce mensonge collectif que tout était à cause de Ben Ali et des Trabelsis. Car les mêmes Tunisiens sont en train de fabriquer de nouveaux « Ben Ali » et de nouveaux « Trabelsis ».

Les mêmes causes produiront les mêmes symptômes. C’est l’Histoire qui l’enseigne.

A moins que ces mêmes Tunisiens voudraient se réveiller dans 20 ans sur une nouvelle « révolution »

BDTECHIE