Confidentiel: le rôle de Kamel Eltaief sous le Gouvernement Beji Caid Essebsi

On connait le rôle de Kamel Eltaief sous le régime de Ben Ali jusqu’à sa disgrâce au milieu de l’année 1992 : Il chapeautait avec Ben Ali les tristement célèbres services spéciaux du Ministère de l’Intérieur,la police politique sous Ben Ali (lire ci-dessous*).

On connait aussi une partie du rôle de Kamel Eltaief au Ministère de l’intérieur après la chute de Ben Ali (lire ci-dessous). Une nouvelle facette de ce rôle a été révélée par des anciens Ministres du Gouvernement Mohamed Ghannouchi au Blog de Sami Ben Abdallah. Les auteurs de ces révélations ont requis l’anonymat.

 » Sous le Gouvernement Beji Caid Essebsi, Kamel Eltaief jouait le même rôle qu’il jouait sous Ben Ali jusqu’à 1992. Il était le véritable décideur au sein du Ministère de l’Intérieur. Beji Caid Essebsi avait demandé aux hauts cadres du Ministère de l’Intérieur de se référer à Kamel Eltaief pour les décisions importantes en leur précisant que ce dernier le tenait informé au jour le jour de l’évolution de la situation sécuritaire du pays. Certains hauts cadres du Ministère de l’Intérieur étaient mécontents de ce mode de fonctionnement mais n’avaient aucun choix devant la consigne officieuse de Beji Caid Essebsi . »

Les mêmes sources qui se sont confiées au Blog de Samli Ben Abdallah soulignent que :

« Contrairement à toutes les rumeurs qui ont circulé en Tunisie après la chute de Ben Ali, le même Kamel Eltaief n’entretenait aucune relation avec l’actuel Chef des armées, le général Ammar, avant la chute de Ben Ali. C’est après la fuite de ce dernier que Kamel Eltaief a cherché à séduire les hauts décideurs du Ministère de la défense pour des raisons évidentes… » (Précision : Lors du différend qui a opposé Farhat Rajhi à Beji Caid Essebsi, Kamel Eltaief s’était autoproclamé « porte-parole » de l’armée tunisienne et a défendu farouchement le général Ammar ».

Et quel était donc la position du Général Ammar du Gouvernement Beji Caid Essebsi ?

Les mêmes sources rappellent :

En vertu de l’Etat d’urgence en vigueur en Tunisie depuis la chute de Ben Ali et jusqu’au 30 avril 2012 (on saura le 30 avril si l’Etat d‘urgence va être encore une fois prolongé ou pas), le général Ammar est dans les faits l’homme le plus puissant de Tunisie. Sous le Gouvernement Beji Caid Essebsi, un malentendu est survenu quand ce dernier a refusé que le Général Ammar assiste à un Conseil ministériel (en avril 2011) sous prétexte qu’il ne faisait pas partie du Gouvernement. (Sous le Gouvernement Mohamed Ghannouchi,le général Rchid Ammar assistait aux conseils ministériels bien qu’il ne faisait pas partie du Gouvernement).

Cependant, Beji Caid Essebsi a « rattrapé sa maladresse » et a promu le général Ammar au grade de Chef d’état-major interarmées le 19 avril 2011. Cette promotion n’a pas eu les conséquences politiques escomptées par le duo Beji Caid Essebsi-Kamel Eltaief puisque la position de l’armée tunisienne est restée extrêmement ambigüe du Gouvernement Beji Caid Essebsi. »

 

 

*Sous Ben Ali,les services spéciaux dépendaient aussi de Kamel Eltaief

Dans son ouvrage « Supplice tunisien : le jardin Secret du Général Ben Ali » (Edition La Découverte),page 80,Ahmed Manai témoigne  :

 (Sachant qu’Ahmed Manai a été arrêté en avril 1991 et a été sauvagement torturé dans les locaux de la police politique en Tunisie)

L’ancien Ministre de Ben Ali,Mohamed Jegham, est revenu sur le rôle de Kamel Eltaief sous Ben Ali lors de l’émission Saraha Raha de HTV

Sous le Gouvernement Beji Caid Essebsi 

Kamel Eltaief est resté un personnage très influent sous le Gouvernement Beji Caid Essebsi au point que beaucoup de tunisiens étaient surpris en constant sa présence à la droite de Beji Caid Essebsi et de Hamadi Jebali à la réception organisée par l’ambassade de l’Algérie (octobre 2011).On lui prête la nomination de plusieurs cadres au Ministère de l’Intérieur qui sont des « Ltaiefistes de choc » tels que

Taoufik Dimassi (le N°3)

Nabil Abid (le N°2 du ministère de l’Intérieur (ex Directeur de la Brigade de la sécurité d’Etat « Amn Eddawla » sous Ben Ali),

Habib Essid (l’ex ministre de l’intéreur)

Mustapha Kamel Nabli (gouverneur de la banque centrale et proche parent de Kamel Eltaief)

et d’autres Ministres…

Ainsi,selon Maghreb Confidentiel (Liste payante proche des services d’espionnage français et généralement bien informée)

Extrait de Maghreb Confidentiel N° 971 12/05/2011,

le rôle trouble de Kamel Eltaief:

 « Président-bis » sous Zine El Abidine Ben Ali jusqu’à son éviction par l’ex-première dame Leïla Ben Ali, (…) L’homme d’affaires ( Kamel Eltaief) a l’oreille du chef du gouvernement, Béji Caïd Essebsi, dont il est un vieil ami, et celle de plusieurs ministres. Et il n’hésite pas à user de sa position, par exemple pour venir en aide à des personnalités empêchées de quitter le territoire. Certains voient même son influence derrière certaines nominations : Habib Essid comme ministre de l’intérieur ou Nabil Abid à la Sûreté nationale. Kamel Eltaief compte aussi quelques obligés dans les médias, notamment chez Mosaïque FM et Echourrouk. Source: Cliquez ICI

Sous le Gouvernement Hamadi Jebali

Kamel Eltaief demeure influent. Le trait d’union entre Hamadi Jebali et Kamel Eltaif est l’ancien premier Ministre Hamed Karoui.

 Le 03/11/2011, Maghreb Confidentiel N°992 annonçait sous le titre : Eltaief prône le statu quo à la BCT et à l’intérieur:

Kamel Eltaief concentre donc désormais ses efforts sur le maintien dans ses fonctions de l’actuel ministre de l’intérieur, Habib Essid, un bénaliste historique qui fut directeur de cabinet d’Abdallah Kallel au sein du ministère (1997-2001). Comme pour appuyer cette revendication, des cadres du ministère de l’intérieur ont menacé de paralyser la « maison » si elle revenait à un ministre d’Ennahda. La formation islamiste, qui ne veut pas susciter de réaction de rejet, serait en passe d’accepter ce deal.

 Kamel Eltaief milite également pour le maintien de Mustapha Kamel Nabli (à qui il est apparenté) à la tête de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Avec un double argument : le gouverneur a d’une part été nommé il y a quelques mois seulement et pour une durée de cinq ans. Et d’autre part, son maintien rassurerait les marchés financiers internationaux. Ce siège est hautement stratégique, puisqu’il permet d’avoir un droit de veto sur les engagements financiers de tous les ministères. La BCT est également en première ligne pour récupérer les « biens mal acquis » du clan Ben Ali–Trabelsi à l’étranger (MC nº981). SOURCE: CLIQUEZ

Lire aussi:

Enquête sur Kamel Eltaief: 1987-1989 (partie 1/5)

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