Tunisie: La liberté d’expression sous Bourguiba

L’oeil du maître. Tunisie-1975. Ainsi, la presse, contrôlée par le parti ou le ministère de l’information, et célébrant, chaque jour, le génie historique du Combattant suprême n’est diverse qu’en apparence : « l’Action »,« le Temps » ou « Es-Sabah » ne sont que la version vulgarisée du « Journal officiel ». Des jeunes fondent-ils un hebdomadaire, « Tunis-Hebdo », qui s’exerce à la critique ou, pire, à la caricature, leur journal est suspendu ; un an après, il reparaît : l’équipe a changé – et le ton.

 L’activité théâtrale, où les Maghrébins excellent, est étroitement surveillée : de nombreuses pièces ne connaissent qu’une seule représentation. Ainsi Ezzenj (« Les Noirs ») et El Hallaj,d’Ezzedine El Madani, l’un des plus brillants dramaturges tunisiens.

 Se veut-on humoristique, on n’est pas plus heureux : Thumma Madha (« Et puis après ? »),d’El Allani, qui tourne en dérision quelques faits d’actualité, est interdite. Interdite également une fresque historique dans laquelle l’auteur, El Khadraoui, tente d’analyser la personnalité de Khereddine, précurseur du mouvement nationaliste : la pièce portait ombrage, en le relativisant, à l’unique « fondateur de l’Etat tunisien », comme il se définit lui-même.

 Les cinéastes ne sont pas mieux traités : Mataru El Kharif (« Pluies d’automne »), d’A. El Khechine, vient d’être amputé des scènes qui lui donnaient son sens : on ne porte pas à l’écran la misère sociale. Ridha El Bahi, lui, attend depuis deux ans que son long métrage, qui présente de façon caustique la Tunisie touristique, soit projeté. Faisait-il de l’humour, en lui donnant comme titre le Seuil interdit ?

 Mais qu’est-ce qui n’est pas interdit dans la Tunisie d’aujourd’hui ? Reconnues par la Constitution – il est vrai que l’état de siège, proclamé lors du bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef, en 1958, n’a jamais été levé, – les libertés fondamentales ne sont pas respectées.

 Des étudiants se rencontrent-ils pour discuter de questions idéologiques, ils « complotent » contre l’Etat, et la police les arrête ; formule-t-on l’hypothèse, dans un écrit théorique, que la révolution est inséparable de la violence, on fait figure de terroriste, et la police, qui déjà cherche les armes, vous interpelle, en attendant que le tribunal vous emprisonne ; un fonctionnaire reçoit-il, par la poste, un exemplaire d’El Amal Tounsi (« L’ouvrier tunisien »), que publient, à Paris, des opposants de gauche, et l’apporte-t-il à son supérieur par crainte d’être suspecté, il est arrêté, inculpé d’association de malfaiteurs et jeté en prison.

 Un étudiant exprime dans un tract l’opinion que « Thieu est une marionnette des U.S.A. » :poursuivi pour diffamation d’un chef d’Etat étranger et, par ricochet, du chef de l’Etat tunisien -puisque les présidents Thieu et Bourguiba sont amis, – et inculpé de diffusion de fausse nouvelle, il est condamné à six mois de prison pour chaque accusation – au total, dix huit mois.

 Etudiante, elle aussi, Neila ne fait pas de politique ; elle prépare sagement sa licence de lettres, et son trousseau ; mais son frère vient d’être condamné : la jeune fille se voit confisquer son passeport à la frontière ; elle attendra deux ans pour le récupérer. Poursuivi, Hamidi est introuvable : la police prend ses parents en otage. Déjà inculpé d’outrage au chef de l’Etat, Noureddine l’est également d’outrage aux mœurs : les enquêteurs ont découvert qu’il vivait en union libre.

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