Le 6,7 et 8 Novembre 1987 restent des jours mystérieux en Tunisie

Bref rappel du Contexte de 1987 :

Des dizaines d’islamistes s’apprêtaient à être jugés devant la Cour de la Sureté de l’Etat (Tribunal d’exception supprimé plus tard par Ben Ali). Selon la version qui courait dans le temps, Habib Bourguiba aurait exigé des « pendaisons » des chefs Islamistes. Or, les juges ne le suivent pas et se contentent d’une condamnation à perpétuité pour Rached Ghannouchi (qui a été appelé par ses partisans : le « martyr vivant »). Bourguiba aurait voulu un second procès qui était prévu pour le 9 novembre 1987. Or, un « groupe sécuritaire » composé de militaires, policiers, agents de douanes…etc partisans des islamistes projetait un Coup d’Etat le 8 novembre 1987 (qui était un Dimanche) pour sauver leurs chefs. (Les membres du Groupe sécuritaire présentent leur groupe sous l’appellation « Groupe de salut national« )

Ben Ali devance le groupe sécuritaire et fait son Coup d’Etat le 7 novembre 1987. Etait-il au courant de la tentative du Coup d’Etat Islamiste du 8 novembre 1987 ? Probablement oui même si les témoignages écrits se font très rares car il s’agit d’une question des plus tabou en Tunisie.

Le 6, le 7, et le 8 Novembre 1987 restent des jours mystérieux en Tunisie

 Que s’est-il passé la première semaine de Novembre 1987?

Salah Karkar président du Mouvement de la tendance Islamique en novembre 1987 a expliqué à l’islamologue français, François Burgat, le plan du coup d’Etat du 8 novembre 1987.

François Burgat écrit dans l’islamisme au Maghreb » p 253 :

 « L’expression extrême de ce processus a été la rupture opérée par le mouvement dans sa stratégie légaliste et l’élaboration, en riposte à l’extrémisme bourguibiste de l’été 1987, d’une tentative de déposition armée du chef de l’Etat. Révélée quelques heures après la déposition, réussie celle-là, par le Premier ministre, la tentative orchestrée par le Mouvement de la tendance Islamique (MTI) d’accélérer à tout prix la venue de l’après Bourguiba demeure encore largement mystérieuse. Si l’implication d’un noyau militaire est attestée par les 73 arrestations opérées dans les premiers jours du nouveau régime et la mort sous la torture d’un commandant d’active l’importance de l’implication institutionnelle de l’armée demeure inconnue. Ni les porte-parole du MTI, qui refusent assez logiquement de donner des précisions (tout en reconnaissant que l’extension de leur courant ne s’est jamais heurtée à des frontières socioprofessionnelles d’aucun ordre), ni les porte-parole du régime, qui ont cherché manifestement – une fois n’est pas coutume- à minimiser l’action du MT, ne permettent d’en restituer clairement l’itinéraire. Pour les responsables du MTI, il s’est agi d’une contre-violence préventive, que leur mouvement n’aurait en aucune manière voulu exploiter pour prendre un pouvoir considéré en l’état de rapport des forces comme un « cadeau empoisonné ».

 Et Salah Karkar (Président du MTI en Novembre 1987) d’ajouter dans un entretien avec François Burgat :

« Les trois jours, le 6, le 7, et le 8,[ Novembre 1987] ce sont des jours historiques pour la Tunisie. Jusqu’à présent, ils ne sont pas clairs du tout ».

 Le garde du Corps. de Ben Ali faisait partie du « groupe Sécuritaire »

Pourtant, un des gardes du Corps qui a accompagné Ben Ali à la chambre des députés le 7 novembre 1987 faisait partie du « groupe sécuritaire » islamiste. Il aurait suffit que Salah Karkar en donne l’ordre pour que Ben ali soit assassiné. Cependant, Salah Karkar n’a pas donné cet ordre. Ce garde du corps a été découvert plus tard…

 La version officielle…

 Tout ce que l’on sait, c’est que la réponse du pouvoir s’est faite publiquement le 23 novembre 1987 (comme est précisé sur le site web de la présidence de la république). D’abord par la création d’un Conseil National de Sécurité.

Le 23 novembre 1987, Ben Ali décide la création d’un Conseil National de Sécurité.

 Dans le cadre de la rationalisation de l’action gouvernementale, le Président de la République, M. Zine El Abidine Ben Ali, a décidé la création d’un conseil national de sécurité que préside le Chef de l’Etat et qui se compose :

 – du Premier ministre ; du ministre d’Etat, chargé de la Défense nationale ; du ministre des Affaires étrangères ; du ministre de l’Intérieur ; du Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur ; du Chef d’Etat-major des armées auprès du ministre d’Etat chargé de la Défense nationale ; et du Directeur de la Sûreté militaire.

 Ce conseil est chargé de la collecte de l’étude, de l’analyse et de l’évaluation de toutes les informations et données relatives à la sécurité nationale aux plans de la politique intérieure, de la politique extérieure et de la politique de défense dans le souci de préserver la sécurité interne et externe de l’Etat et d’en renforcer les fondements.

 Ensuite par un Communiqué rendu public :

 Le 23 novembre 1987, Ben Ali préside la première réunion du Conseil National de Sécurité..

 Le Président de la République, M. Zine El Abidine Ben Ali, a présidé, au Palais de Carthage, la première réunion du conseil national de sécurité, consacrée à l’examen de la situation dans le pays au plan de la sécurité. Au terme de cette réunion à laquelle s’est joint le ministre de l’Information, le communiqué suivant a été rendu public :

 « Les services de la sûreté nationale ont découvert une bande de malfaiteurs pris en filature depuis septembre dernier par ces services. Des quantités d’armes individuelles, de munitions, d’explosifs et d’équipements de télécommunications dont cette bande était en possession, ont été saisis le 16 novembre, par les dits services. Cette bande planifiait des opérations terroristes visant l’assassinat d’un certain nombre de responsables et l’attaque d’établissements de sécurité et à caractère civil. Le ministre de l’Intérieur tiendra le mercredi 25 novembre courant une conférence de presse au cours de laquelle il donnera des détails sur cette affaires et sur ses dimensions ».

 

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