Tunisie: La République en Questions, le dernier Bey de Tunisie

Dans son ouvrage, le syndrome autoritaire, Michel Camau emploi une formulation tragicomique pour décrire la naissance de la « République » en Tunisie, « le crime fondateur » (celui de Salah ben Youssef par les hommes de Bourguiba).

Cependant, ce « crime fondateur » est né bien avant l’assassinat de Salah Ben Youssef en voyant le sort qu’a réservé Habib Bourguiba et son régime à la famille du dernier Bey de Tunisie

BLOC-NOTES DE SAMI BEN ABDALLAH

Aux lendemains de l’indépendance de la Tunisie, Habib Bourguiba avait aboli la monarchie, la famille du Bey est écartée du pouvoir mais la destitution du Bey tourne aux règlements de compte. La femme du Bey est convoquée au Ministère de l’intérieur.

Son fils témoignera que sa mère ne s’est jamais remise :

« de ses trois jours d’enquête au 4 ème étage du ministère de l’intérieur où la direction de la sureté la questionnait en permanence sur le sort des bijoux de la famille. Maltraitée ou pas, elle est revenue en tout cas avec du sang qui coulait de sa bouche et du bas-ventre. Des hémorragies internes. Elle mourra plus tard dans les bras de mon père, choquée à jamais, et sans jamais nous dire ce qu’elle avait subi pendant son interpellation au ministère de l’intérieur ».

La fille du Bey, Mme Zakiya Bey dira que depuis sa sortie du Ministère de l’Intérieur, sa mère

« a été atteinte de mutisme ».

Le bey ayant appris ce qui est arrivé à sa femme au Ministère de l’intérieur dira:

« c’est aujourd’hui, que j’ai été destitué ». car « Du sang coulait de la bouche et du bas-ventre de la femme du Bey à sa sortie du Ministère de l’intérieur. Elle a été atteinte de mutisme»…

Plusieurs hommes savaient probablement ce qui s’est passé à la femme du Bey au Ministère de l’intérieur. A commencer par:

feu Taib Mhiri, premier Ministre de l’intérieur en Tunisie (1956-1965). Ce dernier a cautionné la répression des oppositions et selon l’ouvrage « l’assassinat de Salah Ben Youssef », Taib Mhiri aurait supervisé l’assassinat de Salah Ben Youssef de Tunis…

M.Béji Caid Essebssi, ancien directeur des affaires politiques au Ministère de l’Intérieur (1956-1962), ancien Directeur général de la Sureté (1963-1965), Ancien Ministre de l’intérieur (1965-1969) et des affaires étrangères. L’ex Ministre qui a publié récemment ses mémoires « Bourguiba, le bon grain et l’ivraie » ne se rappelle plus de rien……

M.Driss Guiga, Ex Ministre de l’intérieur en Tunisie. Quand la femme du Bey a été arrêtée, c’est lui qui était le directeur de la Sureté.

Et les responsables de la police politique tunisienne qui ont interrogé la femme du Bey.

Les bijoux de la femme du Bey

Mais ces hommes qui se sont distingués par un excès de zèle injustifié, s’ils assumaient incontestablement une responsabilité politique et morale dans le malheur qui a frappé la famille beylicale, étaient des seconds couteaux. Il est sûr qu’ils recevaient des ordres d’en haut. De Habib Bourguiba « le Libérateur de la femme »( ?) …probablement. Surement d’autres proches de Bourguiba pas seulement intéressés par l’humiliation de la famille beylicale, de sa femme précisément mais surement souhaitaient accaparer ses trésors dont notamment les propriétés immobilières, les comptes numérotés à l’étranger, les collections rares du bey et les bijoux de sa femme qui ont disparu après coup…

Dans l’ouvrage « Bourguiba à l’épreuve de la démocratie, 1956-1963 ». Samed Editions, janvier 2008, prix 9.5 dinars

Aux Pp 113-114, on lit :

Dix jours avant la chute de la monarchie et la proclamation de la république, l’armée tunisienne remplace la garde beylicale si bien que le bey ainsi que son entourage ne sont plus libres de leurs mouvements. Le 18 juillet, Slaheddine bey, fils cadet du bey, est arrêté et transféré à la prison civile de Tunis, sous prétexte qu’il avait écrasé un certain gaaloul. Il confiera, en 2001, à Tijani Azzabi, quelques années avant sa mort : « l’indépendance de la Tunisie ne devait en aucune façon se répercuter négativement et menacer le bey et sa famille. Mon père était un grand nationaliste. Lorsqu’on est venu me retirer de ma geôle, au sous-sol, pour m’emmener dans un endroit inconnu, j’ai cru qu’on allait me tuer, surtout que l’on m’avait présenté à mon père, emprisonné à l’étage supérieur, pour lui dire adieu ». et d’ajouter » quant à ma mère, elle ne s’est plus remise de son arrestation, et surtout de ses trois jours d’enquête au 4 ème étage du ministère de l’intérieur où la direction de la sureté la questionnait en permanence sur le sort des bijoux de la famille. Maltraitèe ou pas, elle est revenue en tout cas avec du sang qui sortait de sa bouche et du bas-ventre. Des hémorragies internes.

Elle mourra plus tard dans les bras de mon père, choquée à jamais, et sans jamais nous dire ce qu’elle avait subi pendant son interpellation au ministère de l’intérieur ». Docteur Ben Salem (ex gendre du souverain et ex ministre) a relaté dans son ouvrage « l’antichambre de l’indépendance » l’arrestation de lamine bey. Après l’encerclement et le verrouillage du palais le 23 juillet 1957, le 25 juillet, après la chute de la monarchie et la proclamation de la république par la constituante, une délégation composée du président Jallouli Fares, de Ali Balhaouane et du directeur des services de sécurité Driss Guiga est venue signifier au souverain sa déposition et sa mise en résidence surveillée à la Manouba. « Dix inspecteurs de police sont venus chez moi pour me signifier que je devais partir en résidence surveillée (…). Il était 19heures, le souverain habillé d’une simple djellaba, accompagnée de sa femme et de sa fille Safia a pris place dans une voiture précédant celle du commissaire de police et deux motards. Derrière, les princes Chedly et M’hammed et Slaheddine, ensuite moi-même encadré de deux inspecteurs ».

 Docteur Ben Salem raconte le traitement inhumain qu’il a subi après sa fuite : coups violents portés sur des parties de son corps par un nerf de bœuf qu’a utilisé Amor Chechia gouverneur de Sousse si bien, écrit-il que « je n’étais plus qu’une bouillie saignante ». Tous les biens de la famille beylicale –qui a été enfermée- ont été confisqués. Chadly bey a été condamné à cinq ans de prison et libéré deux ans après. Il confiera, dans un entretien, qu’il accordera en 2003 à Abdeljlil Temimi et à Mokthar bey, qu’il a passé 8 mois seul dans une cellule, avant d’être transféré à Kairouan, et que sa famille a été enfermée à dar Mourad bey à Manouba. Lamine bey mourra le 1 er octobre 1962 dans un appartement exigu au quartier Lafayette.

La fille du Bey, Mme Zakiya Bey a apporté son témoignage sur le calvaire qui a frappé sa famille dans l’ouvrage « Mémoires de femmes » Tunisiennes en devenir dans la vie publique 1920-1960.

 Pp 53-68

 Extrait de ce témoignage.

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