La Révolution tunisienne:Les questions dangereuses

Le président de la République par intérim Foued Mebazâa a promulgué le décret-loi n.97 de l’année 2011 portant sur l’indemnisation des familles des martyrs et des blessés de la révolution du 14 janvier 2011. Ce décret-loi est extrêmement ambigu car il ne fixe pas de dates ni de montants d’indemnisations. Beaucoup de verbiage et rien de concret ou de précis. Du vent ou presque.

 Le montant des indemnisations versées aux familles depuis janvier 2011

Le 27 janvier 2011, plusieurs familles de martyrs auraient reçu 20 milles dinars pour les morts et 3 mille dinars pour les blessés. Théoriquement, ça devait être une « première tranche » mais, l’enquête de l’hebdomadaire français Le point du 6/12/2011 révèle que ces familles n’ont reçu jusqu’au 6 décembre 2011 que 20.000 dinars tunisiens.

Du 27 janvier au 6 décembre 2011, ces familles n’auraient rien reçu par conséquent sauf la première tranche de 20.000 dinars tunisiens.

Une somme dérisoire quand on sait que le salaire mensuel de Foued Mebazaa était de 30.000 dinars/mois. En 11 mois, l’ancien fidèle de Ben Ali,que wikileaks décrivait comme un « homme loyal à Ben Ali » a reçu 330.00 dinars tunisiens rien qu’en salaires.

 Une telle négligence a poussé des blessés de la révolution à entamer une grève de la faim à partir du Mercredi 19 Octobre 2011 pour dénoncer :

« L’ingratitude des Tunisiens, le non sérieux du gouvernement et ses promesses répétitives non tenus, et la complicité des partis politiques nous ont poussé à une action ultime… »

Les grévistes de la faim ajoutent :

« Si nous avons décidé de lancer cette action aujourd’hui c’est pour exprimer notre colère. Envers le gouvernement tout d’abord qui n’a pas tenu ses promesses et n’a toujours pas appliqué la décision du conseil ministériel du 21 septembre qui doit permettre, entre autres, la prise en charge immédiate et sous aucune condition des blessés de la Révolution »

 Le dossier explosif qui relève de l’article 6 du décret-loi n°97

 L’article 6 du décret-loi n° 97 qualifie de martyr toute personne morte entre le 17 décembre 2011 et le 19 février 2011.

Le BILAN OFFICIEL :

Ce bilan a été communiqué du ministère de l’Intérieur à la FIDH

 Du 17 décembre 2010, date du début de la révolte jusqu’au 14 janvier 2011, date du départ de l’ex-président Ben Ali, les forces de sécurité intérieures (FSI) ont assumé la responsabilité principale de la répression. Les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur le 1er février 2011 sont de 147 « personnes tuées au cours des manifestations ou dans les circonstances qui les ont entourées » (sous-entendu les suicides par immolation) auxquels s’ajoutent, selon l’administration pénitentiaire, 72 détenus décédés les 14 et 15 janvier dans l’incendie de 11 prisons (42 morts à la prison de Monastir), ce qui donne un total de 219 victimes et 510 blessés civils.

 Selon le ministre de l’Intérieur, M. Habib Essid, il y aurait eu 9 morts (5 policiers, 3 gendarmes et 1 membre de la Protection civile) et 1 027 blessés parmi les FSI. Le nombre des blessés serait donc deux fois plus important chez les forces de l’ordre que parmi les manifestants. 

Source: rapport FIDH paru en juillet 2011, page 7. Cliquez ICI

 

Or, le chiffre des morts après le 14 janvier 2011 demeure secret (Si personne n’était mort,pourquoi le décrêt-loi englobe aussi  les personnes mortes jusqu’au 19 février 2011?)

Il y a donc des personnes morts entre le 14 janvier 2011 et le 19 février 2011 que l’Etat qualifie de « martyrs ». Mais, bizarrement, les investigations sur la répression en Tunisie  s’arrêtent au 14 janvier 2011.

 Demeure donc LA question dangereuse et explosive :

Qui a tué ces Tunisiens morts après le 14 janvier 2011 ? Et pourquoi  les investigations se sont arrêtées jusqu’au 14 janvier 2011 alors que l’Etat reconnait que tous ceux qui sont morts jusqu’au 19 février 2011 sont des martyrs?

Il s’agit là de  questions que les Tunisiens ne sont pas prêts à se poser.

Déjà, ils oublient ceux qui sont morts entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011.Alors que dire de ceux qui sont morts après…

Le 17 décembre 2010,ce fût la révolution tunisienne

Elle a été vite trahie…

 

 

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