Bechir Essid: un des premiers opposants à Ben Ali

L’avocat Bechir Essid est un des premiers opposants de Ben Ali qui n’a pas cru aux promesses du Changement. Et il est aussi, l’un des grands oubliés de la révolution tunisienne (Car étant « nassériste » sa cause ne serait pas facilement vendable à la presse occidentale. Par ailleurs,il a été victime de sabotage de plusieurs opposants car il a été un des premiers à s’opposer à Ben Ali).

Dans son ouvrage « Supplice tunisien : le jardin secret du général Ben Ali » Ahmed Manai a relaté aux pages 62-63 (lire ci-dessous) le calvaire de Bechir Essid qui a été emprisonné durant 3 ans pour avoir écrit un tract diffamatoire contre Ben Ali.

L’élection du bâtonnier des avocats en 1995

A sa sortie de prison, l’avocat Béchir Essid défie Ben Ali en se présentant aux élections au bâtonnât de 1995. Les 2 universitaires Éric Gobe et Michaël Béchir Ayari rappellent dans leur étude parue en 2007 (Les avocats dans la Tunisie de Ben Ali : une profession politisée ?) le courage de Bechir Essid :

 Le second tour (en 1995) oppose Abdeljelil Bouraoui à Béchir Essid. Ce dernier a commencé sa carrière comme magistrat dans les années 1960, mais a démissionné en 1973 pour protester contre l’absence d’indépendance de la magistrature. Nationaliste arabe (nassérien) et opposant aux présidents Bourguiba et Ben Ali, il a été de tous les procès politiques.

En 1990, après avoir violemment attaqué dans un communiqué le président Ben Ali, il est passé à tabac, arrêté et condamné à trois ans de prison.

Dans ces conditions, son élection signifierait radicalisation et rupture entre les structures de l’Ordre et les autorités. Son adversaire du second tour présente un profil très différent. Sahélien, Adbeljelil Bouraoui est une figure de la notabilité soussienne.Chez les avocats, il bénéficie de l’appui de l’ancien bâtonnier Mansour Cheffi, alors qu’au sein du gouvernement il est soutenu par Hamed Karoui, alors Premier ministre en exercice et actuellement premier vice-président du RCD, avec lequel il entretient des relations amicales. Tous deux originaires de Sousse, ils ont l’un et l’autre présidé le grand club de football local, L’Étoile sportive du Sahel.

Les cinq candidats malheureux du 1er tour ainsi que les dirigeants de la khaliyyaayant plus ou explicitement appelé à voter Abdeljelil Bouraoui, celui-ci aurait dû bénéficier d’un report massif. Or il n’en a rien été. Avec 634 voix contre 790 au nouveau bâtonnier, Béchir Essid a recueilli deux fois plus de voix au second qu’au premier tour, bénéficiant ainsi du mécontentement grandissant de la profession.

La présence au second tour de Béchir Essid et les résultats relativement serrés rassurent les avocats qui craignaient l’élection d’un bâtonnier opposant et leur font penser que l’essentiel a été sauvé : d’une part, les hommes à la robe noire ont élu une personnalité qui connaît bien Hamed Karoui et les ministres originaires du Sahel ; d’autre part l’excellent score de Béchir Essid constitue un avertissement pour le pouvoir dans la mesure où il exprime le malaise de la profession.

Vincent Geisser ajoute Deux autres précisions au sujet de Bechir Essid :

Plusieurs avocats m’ont confié que le président Ben Ali vouait à son égard une telle haine personnelle qu’une rumeur affirmait que le chef de l’État serait resté éveillé jusqu’à une heure du matin pour attendre le résultat du second tour. Par ailleurs, Béchir Essid a passé, entre les présidences de Bourguiba et de Ben Ali, sept ans en prison et s’est vu privé de passeport pendant quinze ans. Il a notamment été incarcéré après les émeutes de 1984 pour avoir déclaré que le soulèvement populaire consécutif à l’augmentation du prix du pain était légitime. Entretien avec Béchir Essid, novembre 2005.

Enfin,il faut souligner que Béchir Essid est également membre d’un nombre considérable d’organisations de défense des droits de l’Homme (Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme, Amnesty international, comité directeur de l’organisation arabe des droits de l’Homme, etc.) et de comités de soutien de défense des causes palestiniennes et irakiennes.

 

Ahmed Manai relate le calvaire de Maitre Béchir Essid dans les premiers années du Changement

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