Tunisie 1990 – 1992: Combien de morts et de personnes arrêtées?

Depuis la chute de Ben Ali, plusieurs journalistes ou activistes politiques autoproclamés « militants de droits de l’Homme » ont donné plusieurs chiffres sur le nombre de morts et de personnes arrêtées entre 1990 et 1992 pour exagérer leurs prétendus exploits de s’être opposés à Ben Ali en 1990.

Plusieurs militants d’Ennahdha ont avancé aussi le nombre de 100 morts (et parfois 200) et 30.000 personnes arrêtées (et parfois 100.000). Ces chiffres sont-ils authentiques ?

D’abord, un mort, c’est déjà beaucoup.

Cependant, aucune ONG crédible de droit de l’Homme n’a donné ces bilans. Incontestablement, il y a eu beaucoup d’exagération à des fins politiques. Ce phénomène n’est pas propre à la Tunisie mais est universel. Ainsi, après la libération de la France en 1944 essentiellement par les gaullistes, les militants du parti communiste français (qui a fait plutôt un profil bas au début de la résistance) s’est présenté comme le parti des 75.000 fusillés (et plus tard 250.000 fusillés) un chiffre que récuse la majorité des historiens français.

Pour la Tunisie, le seul chiffre presque officiel disponible est celui d’Amnesty international qui dans son Rapport « Tunisie : du discours à la réalité » paru en 1994,à page 18, précise

« qu’au moins 8000 sympathisants présumés d’Ennahdha ont été arrêtés entre 1990 et 1992 ».(fin)

Précision:  le terme « présumés » veut dire que les 8.000 personnes arrêtées ne sont pas forcément des sympathisants d’Ennahdha. c’est moi qui ajoute cette précision

Amnesty international précise dans son Rapport annuel paru le 6 juillet 1995 que le nombre de prisonniers islamistes est de 2.000 personnes:

En Tunisie, des centaines de personnes soupçonnées de sympathies à l’égard de l’organisation islamiste interdite Ennahda (Renaissance) ou du Parti communiste des ouvriers tunisiens (POCT), ainsi que d’autres opposants et détracteurs du gou­ver­nement ont été arrêtés. Plus de 2 000 prisonniers politiques, pour la plupart condamnés à l’issue de procès inéquitables depuis 1991, demeuraient en détention.(fin) (Source: Cliquez ICI)

La FIDH (Fédération Internationale pour la défense des droits de l’Homme) précise dans son rapport intitulé Tunisie : « des violations caractérisées, graves et systématiques » paru en 1998, à la page 3,

« Si au moins 500 cas, dont au moins 30 cas de décès sous la torture, ont pu être répertoriés dans le cadre du présent rapport, la FIDH considère cependant que le nombre total de personnes victimes de la torture entre 1990 et 1998 se chiffre vraisemblablement à plusieurs milliers. »(fin)

Si la FIDH retient le bilan de 30 cas de décès, ceux-ci, ne se sont pas produits entre 1990 et 1992 mais de 1990 à 1998 (sous différents Ministres de l’Intérieur) et pour certains d’entre eux en prison ou dans des postes de police suite à des bavures.

C’est d’ailleurs le bilan retenu par l’ouvrage : La torture en Tunisie 1987-2000, plaidoyer pour son abolition et contre l’impunité  aux pages 18-19, où on lit :

« Si plus de 400 cas ont pu être répertoriés dans le cadre du présent rapport dont 28 cas de décès sous la torture, le CRLDHT [Comité Pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, créé le 25/12/1996 et présidé depuis par Kamel Jendoubi*] estime que le nombre total de personnes victimes de la torture entre 1990 et 2000 se chiffre vraisemblablement autour de plusieurs milliers. »(…)

« On pourra s’étonner de ne pas trouver sur les listes les personnes torturées en 87. C’eût été un travail trop long et difficile ; il reste toujours à faire. La plupart des témoignages reçus concerne des personnes torturées entre 90 et 99. Nous n’avons que quelques exemples entre 1987 et 1990 et sur la période toute récente jusqu’en aout 2000. » (fin)

* C’est moi qui fais cette précision

 A rappeler qu’au début de 1991, Ben Ali a décidé la création d’un Comité Supérieur des droits de l’homme qu’il a chargé d’enquêter sur la réalité des morts sous la Torture en Tunisie. La commission d’enquête et d’investigation présidée par Rachid Driss a adressé 2 rapports Confidentiels à la Présidence de la République qui contiennent ses conclusions. Ci-dessous l’un de ses rapports.

Le Blog de Sami Ben Abdallah a publié l’intégralité de l’un de ses 2 rapports qui donne la version du pouvoir. 

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