Ahmes Mestiri : La révolution a été trahie

Intéressant témoignage, celui que livre Ahmed Mestiri, opposant historique de Bourguiba sur l’action de Beji Caid Essebsi en tant que Premier Ministre. « Pendant vingt-trois ans, Ben Ali nous a roulés. Cette fois avec Béji Caïd Essebsi, j’ai vraiment cru au changement. Mais, finalement, c’est comme si rien ne s’était passé. » a déclaré Ahmed Mestiri à Jeune Afrique JA 2640 du 14 au 27 aout 2011 (pages 52 et suivantes).

Ahmed Mestiri s’interroge non sans cynisme sur les personnes réelles qui décident en Tunisie avec Beji Caid Essebsi : Ou y a-t-il d’autres personnes qui prennent les décisions ? Et si ce que disait à ce propos Farhat Rajhi, ministre de l’Intérieur au lendemain de la révolution, était vrai? Caïd Essebsi a toujours nié l’existence d’un gouvernement de l’ombre, mais l’opinion n’en continue pas moins de se poser la question.Qui sont les personnes infiltrées dans les manifestations pacifiques ? Qui est à l’origine de tout cela ?Pourquoi Samir Feriani, un officier de police qui a fait publiquement des révélations gênantes pour certains responsables du Ministère de l’Intérieur, est-il poursuivi en justice ?

 Et Ahmed Mestiri de livrer son jugement sur le bilan catastrophique de Beji Caid Essebsi :

« Pendant vingt-trois ans, Ben Ali nous a roulés. Cette fois avec Béji Caïd Essebsi, j’ai vraiment cru au changement. Mais, finalement, c’est comme si rien ne s’était passé. Je ne suis pas le seul à penser cela »

 

 

Communiqué de Ahmed Mestiri  22 juillet 2011:

 “La contre révolution se manifeste ouvertement”

L’état du pays se dégrade de jour en jour sur tous les plans. Le sort de la Révolution est aléatoire. La contre révolution, de l’intérieur et de l’extérieur, se manifeste maintenant ouvertement, et utilise des bandes de criminels de droit commun, déguisés parfois en militants politiques pour s’attaquer aux biens et aux personnes.

 Le Pouvoir en place tout en se déclarant provisoire et transitoire est un pouvoir de fait, mais, tout de même, un pouvoir réel; et tout se passe comme si ce pouvoir s’est octroyé la plupart des responsabilités; celles de légiférer, de gouverner le pays, de prendre en son nom des engagements financiers extérieurs à long terme, de nommer des ministres et des haut fonctionnaires, les gouverneurs, des magistrats, des généraux de l’armée, des ambassadeurs, des officiers supérieurs de la Garde Nationale et de la Police; celles de disposer des finances publiques, exercer son autorité sur l’armée, la police et les média audiovisuels publics, et ordonner des poursuites judiciaires.

 Quant aux partis politiques, organisations professionnelles, diverses associations censées représenter la société civile pour constituer un contre pouvoir crédible, beaucoup d’entre eux ont été créés de toute pièce, pour les besoins de la cause, ou reçu les autorisations administratives avec une rapidité et une facilité déconcertantes, dans le dessein évident de salir l’image du pluripartisme et discréditer le système démocratique lui-même dans l’esprit des citoyens.

 Il convient d’ajouter à ce propos que l’argent – celui laissé par Ben Ali ou provenant d’autres sources – coule à flot pour entretenir la contre révolution mais aussi pour alimenter les caisses de certains partis, organisations, ou associations dans des desseins pas toujours innocents ni en toute légalité.

 Tout cela ne présage rien de bon pour le proche avenir, après l’élection de l’assemblée constituante. Il m’appartient, comme citoyen indépendant, libre de tout engagement, d’exprimer publiquement mon opinion à ce sujet. Tout comme je me dois de déclarer clairement et dores et déjà, mon opposition formelle – une opposition politique, pacifique et éloignée de la violence – à la démarche du Pouvoir, celle de ses agents et de ses acolytes dans la classe politique – une démarche qui est de nature à compromettre l’avènement de l’Etat de Droit et du Régime Démocratique, à court et à long termes.

 Ahmed Mestiri le 22 juillet 2011

Présentation de l’Editeur :Le Témoignage d’Ahmed Mestiri replace dans ce contexte la grande transition historique, celle qui fait passer la Tunisie de l’ordre colonial à la pleine souveraineté et de l’État autoritaire à l’ébauche démocratique.

Dans les deux premières parties de l’ouvrage, consacrées à la lutte de libération nationale et à la fondation de l’État nouveau, Ahmed Mestiri ne se limite pas à livrer les faits, il s’élève à la philosophie de l’action, aux principes qui guident les choix et qui situent la démarche dans la doctrine destourienne. D’abord la lutte totale en esprit et en acte, le combat à visage découvert et le combat clandestin : les exemples abondent où l’on mesure l’ampleur des ambitions, la puissance de la dynamique et la force de l’espoir. Puis la transition formelle par la création d’un nouvel ordre institutionnel et législatif et la transition en profondeur qui affranchit de l’ancien ordre colonial et sème les graines qui ne vont pas tarder à germer et donne naissance à la nouvelle Tunisie souveraine ouverte avec assurance à la modernité sans la moindre concession sur son héritage séculaire.

 Dans la dernière partie, Ahmed Mestiri analyse l’évolution contrariée vers la démocratie : les échecs de la politique autoritaire, les contradictions du parti unique, les épreuves imposées à l’opposition démocratique. Ahmed Mestiri prend la mesure de l’échec et se résout, lre premier dans la famille destourienne, à imposer la formation d’un parti d’opposition (M.D?S) et à tenir le cap d’une pratique loyale et rigoureuse de l’opposition politique.

 Ahmed Mestiri s’efface ou presque devant la grandeur de l’épopée. Son Témoignage laisse transparaître l’exemple d’un homme de conviction, un authentique militant, un chef politique et un lutteur exigeant, austère et inflexible. Un grand tunisien.

BDTECHIE