La maladie de Bourguiba: un secret d’Etat

« Habib Bourguiba était parfaitement lucide en 1987 ». L’auteur de cette déclaration est l’ancien Ministre de Bourguiba M. Amor Chedly medecin de Bourguiba de 1978 à 1987.

M. Amor Chedly est dépité après le déposition de Bourguiba le 7 novembre 1987. Car il a perdu tout le pouvoir et surtout les privilèges qu’il avait grâce à sa proximité avec Bourguiba. Mais au point de raconter des contres vérités ! Quand même ! Ce n’est pas car Ben Ali est tombé que chacun va intenter des choses.

Habib Bourguiba était malade et avait une sénilité incompatible avec l’exercice du pouvoir suprême depuis 1969. C’est l’un des meilleurs psychiatres français qui l’a dit.Retour sur un secret d’Etat. La maladie de Habib Bourguiba.

L’homme Bourguiba-Paix à son âme- n’est pas en cause. C’est de « l’homme politique » Bourguiba qu’il s’agit…

« Ceux qui ne comprennent pas leur passé sont condamnés à le revivre « (Goethe)

Le rapport médical établi en 1969 par le célèbre psychiatre parisien Jean Delay, concluait à : « une sénilité incompatible avec l’exercice du pouvoir suprême  » dés 1969. Bourguiba était atteint aussi du Parkinson:  » Il sera ensuite frappé par la maladie de Parkinson, qui l’oblige à garder une petite bille au creux de la paume droite pour éviter que sa main ne s’engourdisse « .

De 1969 jusqu’à 1987, Habib Bourguiba était le Président de la République en Tunisie alors que ses médecins était formels :  » sa sénilité était incompatible avec l’exercice du pouvoir suprême depuis 1969.

Des proches et Ministres de Bourguiba savaient parfaitement  toute la vérité sur sa maladie et sur son incapacité d’assurer les charges de Président de la République depuis 1969. Beaucoup d’entre eux  l’ont encouragé à s y maintenir pour pouvoir avoir tous ses pouvoirs et se constituer des fortunes inestimables sur le dos des Tunisiens. ..

« Dans ses entretiens privés comme dans ses discours publics, les harangues de ce grand tribun [ Bourguiba] n’étaient jamais monotones, il les émaillait de cris, de rires ou de pleurs. Contrôlant ou jouant ses émotions, il pouvait larmoyer à la seconde et glisser sans transition de la colère aux sanglots ». Tahar BELKHOJA, « Les trois décennies Bourguiba » , Editeur Publisud, date de parution : Septembre 1996, page 13
Tahar Belkhoja, proche collaborateur de Bourguiba durant 30 ans et ancien ministre de l’intérieur n’est pas le seul à faire pareil constat des supposés «dons de tribun de Bourguiba ». La majorité des Tunisiens  ont pensé la même chose durant des années.  Cependant, un tel constat paraît à plusieurs égards «surréaliste ». Un grand tribun est forcément un excellent «acteur » mais dans le cas de Bourguiba, l’histoire « officielle » de la Tunisie, par complaisance, par mépris pour la vérité et par habitude de cultiver les mensonges omet de rappeler une grande partie de la vérité.  S’il fut incontestablement un grand tribun et un des brillants hommes politiques qu’avait connut la Tunisie, Bourguiba devait quitter le pouvoir au mieux à la fin des années 50, au pire à la fin des années 60. Car Habib Bourguiba  était «malade » ! Les meilleurs spécialistes américains et français ont diagnostiqué chez lui «une sénilité précoce », le Parkinson et la psychose maniaco-dépressive…. incompatibles avec « l’exercice du pouvoir suprême » dés 1969.

Lorsqu’on lit la description clinique de l’affection-

«il s’irrite à la moindre contrariété et même sans cause extérieure il peut passer en un instant du rire aux larmes, de l’insouciance au découragement passager, de la générosité à l’agressivité malveillante »-

l’état de Bourguiba devient compréhensible…le drame qu’à connut la Tunisie aussi.

Quand il « émaillait [ses discours] de cris, de rires ou de pleurs. Contrôlant ou jouant ses émotions, il pouvait larmoyer à la seconde et glisser sans transition de la colère aux sanglots » -comme l’écrit Tahar Belkoja proche collaborateur de Bourguiba et Ministre durant 30 ans, il ne s’agissait pas de « dons de tribun ». Il s’agissait tout simplement des symptômes de la maladie.

D’ailleurs comment ne pas penser à la maladie à voir Bourguiba – lors de ses conférences publiques en 1973 devant les étudiants de l’IPSI (ces futurs journalistes) et en présence des membres du gouvernement, exposer en public – sans aucun respect pour la fonction présidentielle qu’il exerce- les détails de l’assassinat de son rival Salah Ben Youssef. Un assassinat qu’il a cautionné des années avant !

Comment ne pas s’interroger à propos de l’état mental de Bourguiba, en voyant le supposé Président de la République parler en public

« du testicule qu’il a en moins, des dessous de sa seconde femme qu’il reniflait en cachette dans sa cellule (avant l’indépendance) les jours de déprime… ». (Aziz Krichen, « le syndrome Bourguiba », Cérès productions, avril 1993, page 34) ;

Ou en 1985, lorsque

« son engouement pour Najet Khantouche (une proche de Mohamed Sayah, ancien Ministre de Bourguiba.Mohamed Sayah avait introduit cette femme chez Bourguiba) défraiera la chronique des salons tunisois. Cadre du parti destourien, mariée à un jeune avocat ambitieux. Son inclination ne lui semble aucunement répréhensible, et il prend un jour à parti le ministre des télécommunications, devant témoins, en s’indignant de n’avoir pu joindre la jeune femme au téléphone alors qu’elle se trouvait en Jamaïque ! « Page 60« Bourguiba, le pouvoir d’un seul », Bernard Cohen

Ou en en janvier 1986, quand il entre dans une grande colère contre son épouse wassila et la menace de divorce. (..)

« wassila bourguiba se voit reprocher d’avoir donné une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique quatre ans auparavant, dans laquelle elle défendait le principe d’une alternance démocratique ! le président affirme qu’il n’a pas été au courant, qu’il vient d’apprendre l’existence de cette prise de position publique [4 ans après !]Qui, à l’époque, avait pourtant fait grand bruit… « Page 63-64, « Bourguiba, le pouvoir d’un seul » Bernard Cohen.

Il lui arrivait des moments où il perdait complètement sa lucidité et sa mémoire ! Non, ce n’était pas dû au « naufrage de la vieillesse », mais au traitement de la psychose maniaco-dépressive dont il fût atteint depuis 1969.

« Bourguiba subit une dizaine de séances d’électrochocs pratiqués sous somnifères ; son psychiatre a décidé de prendre le risque d’induire les troubles de mémoire qu’un tel traitement peut entraîner. Et, de fait, comme s’en rappelle un des rares témoins alors dans le secret, « Bourguiba semblait avoir tout oublié quand il se réveillait d’une séance. Il ne savait même plus qui était Boumediene »[le président algérien] ! Page 63-64, « Bourguiba, le pouvoir d’un seul » Bernard Cohen.

Le drame de la Tunisie n’est-il pas cette politique du mensonge que plus d’un cultive ? Les thuriféraires de Bourguiba lui ont fait mal deux fois. La première quand ils n’ont pas exigé son départ dés la fin des années 60 parce qu’il lui était impossible d’assurer les responsabilités qui lui incombaient. Et une deuxième fois, après la mort de Bourguiba quand ils ont vu dans les souffrances de l’homme « des dons de grand tribun ou de comédien » !

c’est Tahar  Belkhoja qui se rappelle encore :

« Durant tout l’automne 1976, le Président avait été frappé d’une de ses crises de dépression qui l’affectaient périodiquement, depuis cinq ans. Enfermé au palais de Carthage, il ne recevait presque plus personne. J’étais un des rares qu’il faisait appeler chaque après-midi. Et pour moi, qui l’avais connu dans toute la plénitude de ses moyens, il offrait un spectacle poignant. Dans sa chambre à coucher, vêtu simplement d’un slip et d’un tee-shirt blanc, il était assis dans une quasi-obscurité. Il se levait de temps en temps pour tourner autour de sa chaise, sans vraiment écouter. A ces phases de confusion, succédaient des moments de lucidité, où il s’extériorisait sans retenue, parlant de tout avec une étonnante franchise, sans rien éluder ni ménager personne.» page 91« Les trois décennies Bourguiba », Editeur Publisud, date de parution : Septembre 1996, Tahar Belkhoja

Tahar Belkhoja ajoute dans un autre passage :

« Bourguiba nous reçut aussitôt, Nouira et moi même, et entra d’emblée dans une de ses colères noires que nous redoutions tous. (..)Le Président, balayant sa colère, se mit à pleurer à chaudes larmes.(..) La scène était tragi-comique. Avec son incroyable talent de comédien, Bourguiba jouait le père désespéré par la discorde de ses fils, qu’il veut ramener à la raison » page 97. « Les trois décennies Bourguiba », Tahar Belkhoja

Bourguiba était un des grands hommes politiques tunisiens, mais il a cessé de l’être depuis 1969. Il devait partir au lendemain de l’indépendance et non trente ans plus tard. Car depuis 1969, les médecins étaient unanimes : Bourguiba était malade.

Bourguiba est le premier à instrumentaliser sa maladie.

« à chaque crise politique ou sociale, toute la responsabilité est attribuée à un ministre, coupable évidemment puisque le président, lui, « se reposait » ou « sortait d’une longue convalescence » ou « avait été contraint de se soigner à l’étranger » page 166, Bourguiba, « le pouvoir d’un seul », Bernard Cohen

Il était pourtant malade depuis 1969 et les médecins qu’il a consulté étaient formels : « Sa sénilité était incompatible avec l’exercice du pouvoir suprême ».Des proches et Ministres de Bourguiba savaient parfaitement toute la vérité sur sa maladie et sur son incapacité d’assurer les charges de Président de la République depuis 1969. Beaucoup d’entre eux l’ont encouragé à s y maintenir pour pouvoir avoir tous ses pouvoirs et se constituer des fortunes inestimables sur le dos des Tunisiens.

Sami Ben Abdallah

 

« Bourguiba, le pouvoir d’un seul », par Bernard COHEN, 246 pages – Format 13,5 x 22 cm – Editions FLAMMARION, Collection Grandes Figures Historiques.

Extrait pp 149-156

Le célèbre psychiatre parisien Jean Delay raccompagne à la porte un patient barbu, qui s’affuble d’un chapeau melon : il vient d’achever une des nombreuses consultations qui, depuis 1969, visent à circonscrire la psychose maniaco-dépressive dont souffre Habib BOURGUIBA. Car la barbe est postiche, le couvre-chef est un déguisement : le chef de l’Etat tunisien et ses plus proches conseillers (c’est l’un d’eux qui rapporte la présente anecdote) ont décidé que tout serait fait pour dissimuler la maladie du « combattant suprême ». Elle n’a pourtant rien d’extraordinaire : cette affection, qui touche environ une personne sur cent, est souvent héréditaire, et la famille BOURGUIBA la connaît depuis longtemps. Accès maniaque, puis dépression mélancolique : le président tunisien s’installe dans ce rythme épuisant, irrégulier, et les médecins vont essayer d’enrayer très vite l’évolution de l’état dépressif à caractère suicidaire.

 

BOURGUIBA subit une dizaine de séances d’électrochocs pratiqués sous somnifères ; son psychiatre a décidé de prendre le risque d’induire les troubles de mémoire qu’un tel traitement peut entraîner. Et, de fait, comme s’en rappelle un des raretés moins alors dans le secret, « BOURGUIBA semblait avoir tout oublié quand il se réveillait d’une séance. Il ne savait même plus qui était Boumediene » ! C’est sans doute pourquoi, quelque temps après, il voudra rassembler tous ses souvenirs dans le corpus des conférences sur « ma vie, mes idées, mon combat ». Après ce tir de barrage contre l’engrenage maniaco-dépressif, Bourguiba est traité par antidépresseurs tricycliques, et se voit prescrire un traitement de long cours à base de lithium.

 

Jean Delay, alors considéré comme l’un des meilleurs psychiatres au monde, le suit avec Pierre Deniker ; il a écrit en compagnie de ce dernier une méthode chimiothérapique en psychiatrie, il est l’auteur d’un essai sur les dérèglements de l’humeur. Entre 1946 et 1970, il est le médecin chef de Sainte-Anne.

 

Lorsqu’on lit la description clinique de l’affection, on ne peut manquer d’en trouver les traces dans la vie politique du chef d’Etat : au début de l’accès maniaque, «il échafaude des projets grandioses, se croit capable de tout entreprendre et de tout réussir. Les objections sont écartées d’un geste, les difficultés et les contraintes sont abolies ». Simultanément, «il s’irrite à la moindre contrariée et même sans cause extérieure il peut passer en un instant du rire aux larmes, de l’insouciance au découragement passager, de la générosité à l’agressivité malveillante «. Réservé et plein de tact, il peut soudain manifester une attitude brutale et injurieuse ; « les images défilent, les souvenirs surgissent en désordre, les mots se pressent en une logorrhée intarissable » ; » des anecdotes, des acquisitions scolaires (tirades ou poèmes écrit par cœur) sont évoqués de façon quasi automatique et récitées pour le plaisir ». la ressemblance avec ce que nous connaissons de BOURGUIBA est frappante, mais voici que le maniaco-dépressif, après s’être « orienté vers des thèmes de grandeur, de mission religieuse ou humanitaire », s’engage dans la phase dépressive : « il a perdu le goût de la vie, son champ de conscience est envahi par une tristesse foncière faite tout à la fois d’ennui, de regrets et de désespoir ». L’avenir » lui paraît inexorablement bouché », il se répète : « il n’y a pas de solution à mon état, on ne peut rien pour moi ». la mort peut lui apparaître comme un « châtiment nécessaire » », il maigrit, il dort mal, il préfère d’ailleurs exprimer son trouble au travers de symptômes somatiques que de se lancer dans une « autopréciation » à laquelle il répugne culturellement. Les spécialistes affirment que la psychose maniaco-depressive est très répandue au Maghreb : avec des successions d’abattement et de fébrilité, elle répond aux fluctuations psychologiques qui fondent le complexe de Jugurtha »… BOURGUIBA s’est battu contre elle en secret.

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Quoi qu’il en soit, la seule mention d’une affection mentale de BOURGUIBA était inconcevable dans la presse tunisienne : si disert à propos de ses différents problèmes de santé physique, il a voulu le silence absolu autour de ce qui se passait dans sa tête. Mieux, il a souvent invoqué des troubles cardiaques ou respiratoires pour déguiser la véritable maladie qui le tenait loin de son bureau de travail, voire de son pays. Dans les années 70, son premier ministre Hedi Nouira « inventait » des cures à l’étranger qu’il était censé suivre alors qu’il était en réalité livré à la dépression. Lui-même s’est d’abord révolté devant le diagnostic médical : lorsque les médecins de l’hôpital militaire de Washington parlèrent de « sénilité précoce », il se fâcha et partit consulter en Suisse et en France. Il apprit ainsi, par la bouche des spécialistes de la clinique Bel-Air (près de Genève) du Docteur Ajuria Guera et ceux de l’équipe Delay, qu’il présentait un terrain favorable à ce genre de psychose.

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Le 14 mars 1967, il connaît une première crise cardiaque (il y aura une nouvelle alerte le 27 novembre 1984). Le professeur Lenègre, qu’il consultait souvent à paris, vient à Tunis et se montre rassurant ; mais des spécialistes français se montrent très pessimistes en privé et le jugent déjà condamné. le président américain Johnson met à sa disposition le médecin-général Thomas Mattingly. Deux ans plus tard, en mai 1969, c’est une hépatite virale qui l’immobilise près de deux mois. Il sera ensuite frappé par la maladie de Parkinson, qui l’oblige à garder une petite bille au creux de la paume droite pour éviter que sa main ne s’engourdisse.

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De 1969 à 1980, le président a passé un temps considérable à l’étranger pour raisons de santé : il est à Genève en mars – avril 1972, en juin – juillet 1973, en janvier – février, puis en mai 1974, en juin 1976, d’octobre 1976 à janvier 1977, en décembre 1979, en mai 1980.

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La première grave manifestation de sa psychose maniaco-dépressive a bouleversé son entourage proche ; son épouse, en robe de chambre ( c’était la nuit, au palais de Carthage), s’est précipitée chez Ahmed Mestiri pour le mettre au courant et décider de la conduite à adopter. Jusqu’- alors, Habib BOURGUIBA avait cependant cédé à de fréquentes bouffées de colère et de désespoir, accompagnées de larmes. Il pouvait entrer en de tels états « sur commandes ».

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BOURGUIBA a lui-même raconté comment il allait, après ses cours de droit à Paris (alors qu’il était jeune), assister à l’enseignement de professeurs de l’hôpital Sainte-Anne, et notamment de Georges Dumas. Disciple de De Janet et ennemi de la psychanalyse, il s’oppose à l’approche « sexualisante » de l’école de vienne, ce qui répond à la propre sensibilité de BOURGUIBA. Un des malades qu’il présente à ses cours impressionne très fortement le jeune tunisien : « il se prenait pour napoléon … ». se rappellera-t-il plusieurs années après. Or, BOURGUIBA vieillissant aimait à dire quand il faisait allusion à son ectopie testiculaire : « je suis comme Napoléon… ».

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