De Bourguiba à Ben Ali, « l’argent du peuple » et la « République »

Bourguiba s’est-il rempli les poches comme Ben Ali ? Et ses proches ? Et les proches de sa femme Wassila Ben Ammar ? Et plusieurs de ses Ministres ? Comment se fait-il que nombre de ministres de Bourguiba sont propriétaires d’appartements luxueux à Paris ? Comment peut-on s’acheter un appartement à Paris valant plus d’un million d’euros avec la retraite d’un Ministre en Tunisie ?

Retour sur des faits historiques inconnus du grand public pour comprendre la facette cachée du règne de Bourguiba. C’est parce que des milliers de  Tunisiens et les Tunisiennes ne connaissaient (ou font semblant de ne pas comprendre)  leur Histoire, qu’ils ont été condamnés …à la revivre.

Les ouvrages cités dans cet article sont en vente en Tunisie (certains sont certes rares) il suffit de les acheter et de les lire.

Dans l’ouvrage de Feu Azzedine Azzouz, « l’Histoire ne pardonne pas. Tunisie : 1938-1969 », Azzedine Azzouz, Éditions L’Harmattan et Dar Ashraf Éditions. JUIN 1988.

 

A la p 219 on lit :

« [Au début des années soixante] Un grand malaise régnait en Tunisie dans le domaine politique, et la conjoncture économique n’était guère plus brillante. A cette époque, tout le monde critiquait presque ouvertement la politique du gouvernement, les dépenses intempestives, pour ne pas dire extravagantes, dans la construction et la décoration des « palais de Bourguiba » et des membres de sa « cour »…

A cette période également, les produits de consommation devenaient de plus en plus chers et plus rares, en particulier l’huile d’olive, aliment de base du peuple tunisien.

Dépassant les Beys de Tunis, Bourguiba a fait construire et aménager une dizaine de Palais, grands et petits, à Carthage, La Marsa, Tunis (Rue 1 er juin), Skanès, le Kef, Rekkada (région de Kairouan), Monastir (Médina), Mornag, Ain- relal, Ben-Mtir (Région d’Ain Drahem), Zaghouan,Ousseltia…etc

Le plus souvent, la décoration en fut confiée à Leleu Deshays de Paris qui se fait payer à coups de millions de dollars, sommes exigées par lui pour décorer les palais du Roi Faycal d’Arabie Seoudite… »

Dans l’ouvrage « souvenirs politiques » de Sliman Ben Sliman CERES productions, mars 1989, feu Sliman Ben Sliman militant pour l’indépendance et directeur du journal « tribune du progrès » écrit :

 

A la page 354 on lit :

« La Tunisie de cette période [au début des années soixante] vivait dans une sorte de « dolce vita » (douceur de vivre) caractérisée par des réceptions somptueuses dans les nouveaux palais de Carthage et de Skanès, par le mariage quelques mois auparavant du président de la république avec Wassila ben Ammar »

Dans l’ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». Auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986.

 

À la page 181, on lit :

« il [le palais de Skanes ] comporte en outre un personnel pléthorique que la présence, deux fois l’an, du couple présidentiel est loin de justifier »

Dans l’ouvrage « Bourguiba à l’épreuve de la démocratie : 1956- 1963 ». Auteur : Noura Borsali. Samad éditions (2008)

 

Aux pp 125-126, on lit :

« Tribune du progrès » et les palais présidentiels. L’hebdomadaire qui a publié ces propos sera interdit fin décembre 1962. « Parmi les textes qui seront reprochés à notre journal, note Slimane Ben Slimane dans ses « Souvenirs politiques » [ Sliman Ben Slimane, « Souvenirs politiques »CERES Productions, Collection Mémoire, 1989], celui qui a pour titre « le palais de Carthage ».

Dans ce court article, on peut lire : « les réceptions officielles à l’occasion de la fête nationale ont revêtu, cette année, un caractère somptueux inaccoutumé. C’est qu’elles se sont déroulées dans le cadre fastueux du nouveau Palais de Carthage « dont le luxe et la richesse ont « surpris » plus d’un visiteur…on ne sait combien a coté le palais présidentiel avec ses sculptures, ses peintures, son bois, ses marbres, ses accessoires « dorés », ses lustres, ses meubles… tout ce qu’on sait, c’est que son cout contraste , pour le moins, avec un sain développement du pays selon un ordre strict d’urgence, comme l’exige une politique de planification véritable (…). » (« Tribune du Progrès » mai -juin 1962)

A la page 126 de son ouvrage, Noura Borsali écrit :

« Dans son numéro de Septembre 1962, le mensuel [« Tribune du Progrès »] renchérit dans un article « Le palais du Marbre » en écrivant :

« À deux mois d’intervalle, on a inauguré deux palais présidentiels. Après celui de Carthage (…), voici un nouveau Palais encore plus grand, plus luxueux, plus fastueux, tout en marbre avec des jardins, une piscine, des fontaines, des galeries qui frappent par leur beauté ».

Ces Palais de Bourguiba étaient-ils nécessaires ?

Dans le numéro de Septembre 1962 du mensuel [« Tribune du Progrès »] repris par Noura Borsali dans son ouvrage « Bourguiba à l’épreuve de la démocratie : 1956- 1963 ».  Samad éditions (2008) on lit :

« Le peuple tunisien qu’on convie à l’austérité, à la « contribution » à la lutte contre le sous-développement, voit en détail, à travers la presse écrite et filmée ce luxe, ce faste, cette richesse s’étaler sans retenue. Il ne comprend plus un tel gaspillage, une telle dilapidation des ressources du pays qu’il sait maigre ».

Noura Borsali ajoute (à la page 126) :

« Ces articles ont été écrits dans un contexte où le gouvernement avait institué « une contribution à la lutte contre le sous-développement » en prenant des mesures telles que des retenues sur les salaires et traitements dans le cadre de la loi sur « la contribution de solidarité nationale pour la lutte contre le sous-développement » qui « va permettre, écrit le journal, l’entretien des chantiers de « chômage » qui reviennent cher à l’Etat ».

Depuis 1954, les salaires sont restés bloqués et la « situation des ouvriers, employés et petits fonctionnaires est très difficile. Ahmed Tlili a reconnu un 1 er mai – celui de l’année dernière que cette situation ne peut plus tenir », note encore le mensuel dans sa livraison de septembre 1962

En 1965, quand Bourguiba construisait ses palais, le peuple manifestait à Borj rais car il avait faim. Beji Caid Essebsi qui était le Ministre de l’intérieur se chargea de la répression. Bilan : 5 morts.

Extrait de Le mouvement Perspectives (ouvrage en arabe) . Auteur M. Abdeljlil Bouguerra (pp 46).

Livre de Abdeljalil Bouguerra mouvement perspectives gauche tunisie 

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