SLIMANE BEN SLIMANE, hommage à un grand militant

Slimane Ben Slimane, né en février 1905 à Zaghouan et décédé le 25 février 1986 à Tunis, est un médecin et homme politique tunisien.

Docteur SLIMANE BEN SLIMANE

Une figure marquante de la Tunisie

par Said Ben Slimane

Tunis. Années 60. C’est avec un mélange de curiosité et de respect que les usagers du trolleybus reliant l’entrée sud de Tunis à la Casbah observent un monsieur au visage osseux et sévère. Opposé à toute forme de compromission, l’ophtalmologue Slimane Ben Slimane (1905-1986) refuse, jusqu’à sa mort, les aspects extérieurs de puissance et de richesse- qu’exhibent quelques dignitaires du régime bourguibien, dont il aurait pu largement profiter. Tout le Docteur Ben Slimane est dans cette image: compagnon de route du leader Habib Bourguiba lors des années de braise (1938-49) mais adversaire déclaré au nom de l’intégrité et de la liberté.

Rien ne destinait ce fils d’un épicier à affronter, à la fois, la France colonisatrice et le premier Président de la Tunisie indépendante. Il choisit l’école laïque puis, aguerri par le très nationaliste Collège Sadiki, part étudier la médecine à Paris. C’est dans la métropole qu’il milite au sein de  l’Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains, le vivier des nationalistes maghrébins, plutôt de gauche. C’est en France même qu’il adhère au mouvement politique dissident, le Néo-Destour,  dont il intégrera le Bureau Politique dès son retour à Tunis.

Après la parenthèse Front Populaire, l’intelligentsia tunisienne fait face à l’armée française. C’est parce qu’il avait appelé la population à la désobéissance civile que le frêle ophtalmologiste se retrouve en prison avec d’autres activistes. Les évènements sanglants du 9 avril 1938 se terminent par l’incarcération de tous les dirigeants néo-destouriens en Tunisie puis en France.

En 1943, l’officier allemand Klaus Barbie libère le Docteur et ses compagnons, dans l’espoir de retourner ces leaders tunisiens en faveur des forces de l’Axe. L’Italie fasciste accueillera le groupe comme des invités de marque. Le piège ne fonctionne pas : Bourguiba décide que la Tunisie sera du côté des Alliés. Discipliné, le Dr Ben Slimane applique les consignes mais les différends stratégiques et idéologiques avec le « Combattant suprême » commencent déjà à voir le jour. La guerre froide, qui succède à la deuxième guerre mondiale, séparera deux camarades aux relations personnelles plutôt chaleureuses. Face au Bourguiba, fin stratège mais calculateur sans vergogne, Slimane Ben Slimane s’oppose à toute forme d’alignement sur tel ou tel bloc idéologique – même si ses antécédents montrent qu’il a bel et bien le cœur à gauche !

En mars 1950, il participe à une réunion d’une organisation internationale pro-socialiste, le  Mouvement de la Paix. La colère de Bourguiba est immédiate : son camarade de toujours est exclu du bureau politique du Néo-Destour. L’Indépendance isolera davantage l’ami du premier Président. L’homme est ainsi : il refuse les honneurs, les charges, l’esprit partisan etc. Il garde ses distances à la fois avec le régime et même avec les partis d’opposition. « Le pouvoir personnel » de Bourguiba est clairement dénoncé par le Dr Ben Slimane qui affronte cette fois-ci la « justice » de son pays. Ce praticien intègre et véritable indépendant  parraine toutefois les communistes tunisiens en tant que leur « compagnon de route» et présidera ainsi le Comité Tunisien pour la Liberté et la Paix, proche du PCT.

En 1967, la guerre du Viêt-Nam séparera davantage deux compagnons qui s’estiment, l’un destiné aux plus hautes charges, l’autre  assumant pleinement sa qualité de conscience critique du pays. Nouvelles colère du Président : l’ophtalmologiste est exclu de l’hôpital tunisois où il exerçait. Mais c’est l’opposant qui, cette fois-ci, aura raison à propos du Viêt-Nam.

En 1973, les téléspectateurs tunisiens regardent deux vieux messieurs se donner l’accolade et pleurer. Quand le président décore son compagnon de route de l’Ordre du Mérite, tout Tunis ne s’explique pas clairement le geste : Remords tardifs ? Solitude du vieux chef ? Sept ans plus tard, le 7ème Congrès Afro-asiatique décerne à l’ancien combattant aux cheveux blancs la médaille de la reconnaissance. Cet ophtalmologiste tunisien ne faisait pas payer ses patients les plus démunis. Il continuera toujours d’utiliser les transports publics. Le 25 février 1986, il s’éteint à l’âge de 81 ans. Il a fallut attendre la déposition du président Bourguiba pour voir publiées dans l’hebdomadaire Dialogue de bonnes feuilles, restituant le rôle historique joué par Dr Ben Slimane dans le mouvement national. En 1989, ses Souvenirs politiques sont publiés sur une initiative des siens. Son autre famille, publique, garde de lui l’image d’un combattant sincère et intègre.

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